Analyse bilan sécurité routière – juin 25

LIGUE CONTRE LA VIOLENCE ROUTIERE

Analyse de la mortalité routière de juin 2025

 

Rappelons l’objectif que la France, en signant les déclarations européennes de La Valette en 2017 et de Stockholm en 2020, s’est engagée à réduire de moitié le nombre des victimes en une décennie, ce qui implique une baisse annuelle de 6,7%. Sur cette base, le nombre de tués pendant ces 12 derniers mois aurait dû être de 2.000, alors que 3.142 personnes ont été tuées. Depuis 2017, la baisse moyenne annuelle n’est que de 1,3%. Pendant la décennie 2002-2012, la France a réduit la mortalité routière de 7,5% par an.

Le fait de ne pas tenir l’objectif depuis 2017 : ce sont 4.500 vies qui n’auront pas été sauvées et 22.000 blessés graves qui n’auront pas été épargnés. En reprenant l’estimation faite par l’Université Gustave Eiffel de la valeur unitaire d’un tué à 6.441 k€ et d’un blessé grave à 999 k€ (page 19 du bilan de l’accidentalité 2023), ce manquement coûte à la société, en plus des vies perdues et des souffrances, près de 50 Md€ à la société. La Ligue alerte en vain depuis des années les gouvernements qui cherchent tous à faire des économies sans augmentation d’impôts pour le budget de l’année prochaine.

Le Morbihan passe à 90 km/h

La Bretagne était jusqu’alors l’unique région de France métropolitaine fidèle aux 80 km/h sur l’intégralité de son territoire. Ce vendredi 27 juin, lors d’une conférence de presse, David Lappartient, président du conseil départemental du Morbihan, a annoncé le retour des 90 km/h sur 8,5 % de son réseau routier, soit 344 kilomètres. Selon l’élu, « on a emmerdé les Français alors que ce n’était pas justifié à certains endroits ». Cinq réunions ont été organisées au cours desquelles la directrice régionale Bretagne de l’association Prévention Routière a voté systématiquement contre, arguant « Plus on va vite et plus l’accident est grave. C’est mathématique. » Bien sûr, c’est une donnée fondamentale, mais Monsieur Lappartient, bien qu’ingénieur des travaux publics (ESTP 1998), a mis de côté tous ces fondamentaux pour se recycler dans la politique[1] et se convertir à la rhétorique électoraliste : fluidifier le trafic, réduire les temps de parcours, désenclaver les territoires ruraux, favoriser les liaisons économiques, renforcer l’attractivité du territoire,… Il a tenu à rappeler qu’entre 40 et 45 millions d’euros sont consacrés chaque année à l’aménagement, la sécurité et l’entretien des routes départementales, mais il n’a pas évoqué le coût de l’insécurité routière de 100 milliards en 2023 pour la France, soit 1 milliard pour le Morbihan.

Le Gers aussi

En 2024, dans le Gers, le nombre d’accidents de la route a été en nette augmentation par rapport aux années précédentes. La gestion des routes nationales 124 et 21, limitées à 80 km/h, a basculé dans le giron du conseil départemental du Gers, Le 30 juin 2025, ce dernier a acté le retour aux 90 km/h sur ces nouvelles voies départementales (anciennes nationales).

Les bienfaits du 80km/h

Pour rappel, le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) a étudié les résultats de la mise en place du 80km/h sur une période de 20 mois, du 1er juillet 2018 au 28 février 2020. Il en ressort :

  • une diminution significative du nombre de personnes tuées : sur les 20 mois consécutifs à la mise en œuvre de la mesure, le nombre de vies épargnées s’élève à 349, par rapport à la moyenne des cinq années précédentes 2013-2017 prises en référence,
  • une réduction des vitesses moyennes pratiquées de l’ensemble des usagers de 3,3km/h,
  • le Cerema n’a pas constaté d’impact négatif de la mesure sur la fluidité du trafic, et notamment pas d’augmentation du nombre de « pelotons », c’est-à-dire de voitures agglutinées derrière un poids-lourd,
  • une économie pour la société de 700 millions d’euros par an,
  • une progression continue de l’acceptabilité sociale de la mesure, 30% des français y étaient favorables en avril 2018 et 48% en juin 2020.

Vitesse et mortalité (Savoir de base sécurité routière – Sétra mars 2006)

La violence d’un choc est proportionnelle au carré de la vitesse. Ainsi, si on attribue la valeur 1 à un choc à 80 km/h, elle sera de 1,26 pour un choc à 90 km/h.

Plus on va vite, plus la distance d’arrêt (distance parcourue pendant le temps de réaction + distance de freinage) est grande :

  • à 80 km/h il faut 58 m pour s’arrêter sur route sèche et 93 m sur route humide,
  • à 90 km/h il faut 70 m pour s’arrêter sur route sèche et 115 m sur route humide.

Toutes choses égales par ailleurs, une diminution de 10 % de la vitesse, c’est 10 % d’accidents matériels, 20 % d’accidents corporels et 40 % de tués en moins, affirment les spécialistes.

Plus de 50 départements métropolitains nient ces données physiques élémentaires et n’admettent pas les réalités constatées par le Cerema dont l’existence ne peut être mise en doute. Désormais ce sont plus de 54 800 km de routes parmi les plus circulées qui sont concernés par un rehaussement de la vitesse autorisée.

Le délit d’« homicide routier » entériné au Parlement

La qualification d’homicide ou de blessure « involontaire » sur la route par manquement délibéré à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi, n’est plus supportable en regard de la gravité morale des fautes commises. Le parlement a créé un nouveau délit « homicide routier », loi n° 2025-622 du 9 juillet 2025, articles 221‑18 à 221‑21 du code de la route, visant à sanctionner la délinquance routière et à améliorer l’accompagnement des victimes de la route et de leur famille. L’objectif affiché est « symbolique » : aider à apaiser la douleur des victimes qui ne peuvent pas accepter la notion « involontaire » attachée à l’infraction qui a ôté la vie à leur proche. Actuellement, les sanctions infligées pour ces fautes qualifiées « d’involontaires » sont perçues comme insuffisantes par les victimes.

La nouvelle sémantique suggère que l’acte n’est pas totalement accidentel et permet de reconnaître explicitement la gravité de l’acte commis. Avec ce délit, les responsables d’accidents mortels de la circulation accompagnés d’au moins une circonstance aggravante seront poursuivis pour homicide routier. Les circonstances aggravantes sont la violation d’une mesure de sécurité, l’état d’ivresse, la consommation de stupéfiants et/ou des substances psychoactives, ne pas être titulaire du permis, un dépassement de la vitesse maximale autorisée égal ou supérieur à 30 km/h, le délit de fuite, se servir de son téléphone portable à la main ou avec des écouteurs, le refus d’obtempérer, le rodéo urbain. Quant aux peines que les chauffards encourent, ce sont les mêmes que celles infligées actuellement avec l’homicide involontaire. C’est une faiblesse de ce texte qu’il faudra travailler pour que les chauffards comprennent que leur comportement est criminel. Néanmoins, ce texte envoie un signal à la population, mais aussi aux magistrats. On espère que cela provoquera une prise de conscience collective.

Ils ont sauvé une vie !

Dans l’Orne, un père écrit à la gendarmerie, objet de la lettre : « excès de vitesse de mon fils ».

Les gendarmes pouvaient s’attendre à recevoir une plainte, pour une sanction que le père aurait jugée sévère. Le jeune en question venait d’obtenir son permis, bien qu’il ait écopé d’une sanction conséquente (un retrait de trois points et une amende de 90 €), le propos était élogieux. Le père a remercié les forces de l’ordre d’avoir fait preuve à la fois d’autorité et de pédagogie et conclut « Vous avez peut-être sauvé une vie, là où nous, parents, n’arrivons pas toujours à nous faire entendre ».

Il signe « Un parent soulagé et rassuré. »

[1] FFC : Fédération française de cyclisme, UCI :Union cycliste internationale, CIO :Comité international olympique, CNOSF : Comité national olympique et sportif français, maire de Sarzeau de 2008 à 2021, conseiller départemental en 2011, président du conseil départemental du Morbihan depuis le 01-07-2021

Objectif -50% de tués en 2027 vs 2017 : avec la mobilisation de tous, c’est possible !

État des lieux

 

Le bilan
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