Les données sur l’accidentalité liée au téléphone au volant sont-elles suffisantes ?
On sait que tout accident corporel de la circulation routière fait l’objet d’une fiche BAAC (Bulletin d’Analyse des Accidents Corporels) qui est rempli par les forces de l’ordre. Ci-dessous est reproduite une toute petite partie d’un BAAC[1] où sont notés tous les facteurs répertoriés lors de l’accident et qui sont liés à l’usager de la route. On y voit la rubrique E qui n’est pas consacrée exclusivement au téléphone puisque ce dernier est associé à tous les distracteurs.
Par conséquent l’étude de l’accidentalité ne peut isoler le téléphone des autres distracteurs que sont aussi bien les SMS et mails reçus ou envoyés par le téléphone que les autres réglages disponibles sur le tableau de bord : l’autoradio, la climatisation, le GPS intégré au tableau de bord et les nombreux systèmes d’aide à la conduite (ADAS : Advanced Driver Assistant System qui gagnerait à être grandement amélioré pour limiter les distractions au volant).
1°/ Les carences de données vérifiées
L’ONISR, dans ses bilans annuels de l’accidentalité, regroupe le facteur « téléphone et distracteurs » sous le terme générique de « défaut d’attention ».
Les données précises ne concernent que le nombre de personnes ayant perdu la vie du fait du défaut d’attention du conducteur, et ne sont publiées que depuis 2019. Certaines années, le pourcentage d’accidents mortels (ce qui est différent du nombre de tués, car il peut y avoir plusieurs tués dans un accident) dus au défaut d’attention est fourni. Parfois ce pourcentage est précisé sur les autoroutes concédées uniquement.
De même, nous ne disposons pas des nombres de blessés graves hospitalisés ou des blessés légers dans les accidents avec faute d’attention. A fortiori, la distinction n’est pas faite entre la mortalité des différents usagers des véhicules de tourisme, des véhicules utilitaires, des poids lourds ou des deux roues motorisés.
Finalement, les données fiables sont très insuffisantes dans tous les domaines de l’accidentalité due au défaut d’attention, accidentalité qui est loin de retenir toute l’attention qui lui est due.
En particulier, l’utilisation ou non du Bluetooth n’est jamais mentionnée lors d’un accident mettant en jeu celle d’un smartphone.
2°/ Données sur la mortalité par défaut d’attention entre 2019 et 2024
– Nombre de tués
Le graphique ci-dessous montre les variations, entre 2019 et 2024, du nombre de tués du fait du défaut d’attention du conducteur (d’après les bilans annuels de l’accidentalité publiés par l’ONISR).
Si l’on exclut l’année 2020 pendant laquelle le Covid a fortement diminué l’accidentalité, on constate que le nombre de tués par défaut d’attention n’a varié que de 7% entre 2019 et 2024 ; c’est la moitié de la variation de 14% du pourcentage d’utilisateurs de téléphone au volant, qui est passé de 70% à 80%.
– Les pourcentages d’accidents par défaut d’attention
En vrac, on peut retenir ces différents pourcentages disparates répertoriés par l’ONISR entre 2018 et 2024.
- Part des accidents corporels
Comme le montre le graphique ci-dessus, entre 2019 et 2024, le pourcentage d’accidents corporels (sans plus de précision) dus à un défaut d’attention du conducteur augmente par palier de 20% à 24%. Ainsi, ce pourcentage lui-même augmente de 20% au cours de ces six années, ce qui est supérieur à l’augmentation de 14% du pourcentage d’utilisateurs déclarés du téléphone.
- Part des accidents mortels
Le pourcentage d’auteurs présumés d’accidents mortels (APAM) par inattention atteignait 11% en 2018 et 2019 et montait à 13% en 2020 ;
Sur, les autoroutes concédées uniquement, entre 2015 et 2021, le défaut d’attention intervient entre 14% et 16% des accidents mortels.
Deux remarques pour terminer : tout d’abord, l’utilisation ou non du Bluetooth lors de ces accidents n’est pas connue ; par ailleurs, les pourcentages dont on vient de faire état sont vraisemblablement sous-estimés.



