Analyse bilan sécurité routière – décembre 2025

Graphique : mortalité sur les routes de France métropolitaine du 1er juin 2017 au 31 mai 2027 – 3 260 tués sur les 12 derniers mois à fin décembre 2025, 5 296 vies non sauvées au-delà de l'objectif depuis 2017
Mortalité lors des 3 dernières décennies dans la métropole 1995 : 8.891 tués
2004 : 5.593 tués
2005 : 5.543 tués
2014 : 3.384 tués
2015 : 3.461 tués
2024 : 3.193 tués
Baisse moyenne de la mortalité en métropole pendant la décennie -4,5 % par an -4,8 % par an -0,8 % par an
Graphique : blessés graves sur les routes de France métropolitaine du 1er juin 2017 au 31 mai 2027 – 16 565 blessés graves sur les 12 derniers mois à fin décembre 2025, 25 868 au-delà de l'objectif depuis 2017

En 2025 c’est 3.260 morts (+2,1%) et 16.600 blessés graves (+4% par rapport à 2024).

C’est un bilan affligeant. Il s’agit d’une tragédie humaine. Ce résultat calamiteux est le signe d’une faillite totale des pouvoirs publics depuis plus de douze ans à empêcher les comportements dangereux. C’est un immense gâchis pour la société, et pour évoquer son coût nous devons inclure l’impact négatif et traumatisant sur leur famille et leurs proches. Nos experts s’accordent sur le fait que le nombre total réel de victimes doit être multiplié par dix par rapport aux statistiques officielles, ainsi ce ne sont pas moins de 200 000 victimes induites par an qu’il faudrait considérer. Soit 1,6 millions depuis l’investiture du Président Macron en mai 2017. Ainsi, Monsieur le Député Éric Pauget, dans sa question écrite du 5 août 2025, demande au gouvernement une étude chiffrée, approfondie et indiscutable sur le coût total des accidents de la route en France, en y intégrant tous les aspects économiques, sociaux et sanitaires afférents. L’ensemble de ces données devrait permettre aux pouvoirs publics d’évaluer d’une façon indiscutable le coût sociétal de la violence routière ainsi que le coût induit par les co‑victimes et son impact direct sur notre déficit public en vue de sa réduction.

Nous retenons de l’année 2025, la loi du 9 juillet créant l’homicide routier qui reconnaît le préjudice moral et social subi par les proches des victimes. En érigeant l’homicide routier en infraction distincte de l’homicide involontaire, le législateur a cherché à responsabiliser les conducteurs et à marquer la gravité des comportements dangereux sur la route. Pour mener à bien cette responsabilisation il faut du temps, et cette loi est beaucoup trop récente pour en mesurer les effets.

Lors de son investiture du 7 mai 2022, le Président Macron avait promis « le peuple n’a pas prolongé le mandat qui s’achève. Le peuple a confié à un président nouveau un mandat nouveau », et il a promis « …d’agir pour protéger les Français, … ». À cette date, en métropole, il y avait eu 3.221 tués sur la route pendant les 12 derniers mois, et pendant l’année dernière il y en a eu 3.260. La baisse de la mortalité dans la métropole pendant la dernière décennie est 6 fois plus faible que pendant les 2 décennies précédentes (voir le tableau ci-dessus).

La France en signant les déclarations européennes de La Valette en 2017 et de Stockholm en 2020 s’est engagée à réduire de moitié le nombre de décès et de blessures graves sur les routes à l’horizon 2030, et atteindre l’objectif ultime « zéro décès et blessures graves d’ici à 2050 ». La réalisation de cet objectif implique une baisse moyenne annuelle de 6,7%. Sur la période de 2017 à 2024, dans les 96 départements de la métropole, 81 n’ont pas tenu cet engagement et 3.942 personnes n’ont pas été sauvées (voir ci-dessous). Par contre, les 15 départements qui ont tenu cet engagement, prouvent que cet objectif est réalisable. Nous sommes à 16 mois de la fin de la mandature présidentielle et les courbes, hormis la période « covid », montrent que ce second mandat est dans la continuité du premier ponctué de marches arrières et de mesures peu concluantes. La situation stagne, depuis 2013 (3.268 tués) ; une réaction très forte, immédiate et courageuse s’impose. Nous réitérons notre demande d’organisation rapide d’Etats Généraux de la sécurité routière pour que des mesures fortes avec une feuille de route claire soient décidées contraignant tous les acteurs à adopter un comportement respectueux de la vie des autres, comme très récemment le Royaume Uni et l’Espagne s’y sont engagés.

Cette nouvelle année doit être l’année des actions concrètes permettant d’amorcer enfin une réduction significative du nombre de victimes de la route.

Le Président Macron doit enfin agir pour protéger les français …… sur la route !

Graphique : nombre de vies sauvées et non sauvées par département, période 2017-2024 – 15 départements sous l'objectif (-350 tués), 81 au-dessus (+4 292 tués)

Le grand excès de vitesse : c’est une affaire vieille de 30 ans.

La Sécurité routière a relevé 63 217 excès de vitesse supérieurs ou égaux à 50 km/h au-dessus de la vitesse maximale autorisée, en 2024. Un chiffre en hausse de 69 % par rapport à 2017.

Après l’accident de Mirambeau (Charente-Maritime), le 10 novembre 1993, sur l’autoroute A10, dans lequel étaient impliqués des poids lourds, et l’émotion suscitée dans l’opinion publique par les 15 automobilistes brûlés vifs dans leurs véhicules, le ministre des Transports, Bernard Bosson, soutenu par la Ligue (action « les femmes en blanc »)1Action de la Ligue « les femmes en blanc » médiatisée dans le numéro 2372 de l’hebdomadaire Paris Match du 10 novembre 1994 qui publie la photo de l’encadré ci-dessus. L’action des femmes en blanc contre les excès de vitesse a bénéficié du tapage médiatique de la révélation de l’existence de la fille cachée pendant vingt ans du président Mitterrand publiée dans ce même numéro., engage la préparation de la transformation des très grands excès de vitesse en délit. En novembre 1994, les députés ont examiné le projet de loi. Elections présidentielles en mai 1995, changement de majorité, compte tenu de l’hostilité des sénateurs et des lobbies routiers, le délit de grand excès de vitesse est abandonné. Nouvelles élections législatives en 1997, nouvelle majorité, les deux décrets du 24 mars 1998 visent à durcir les sanctions contre les grands excès de vitesse par une contravention de 5ème classe21 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive (amende 1.500 €), et la création d’un « délit de récidive de l’excès de vitesse égal ou supérieur à 50 km/h » accompagné de la « responsabilité pécuniaire du propriétaire du véhicule en cas de contrôle de vitesse sans interception et d’impossibilité d’identifier le conducteur ».

Conformément à la loi du 9 juillet 2025 créant l’homicide routier, le décret n° 2025-1269 du 22 décembre 2025 supprime la qualification de « contravention de 5e classe ». Ces excès de vitesse deviennent des délits. Le tribunal correctionnel pourra punir le délinquant d’une peine allant jusqu’à trois mois d’emprisonnement, 3 750 euros d’amende avec inscription au casier judiciaire, en cas de récidive elles sont doublées. À ces peines s’ajoutent les peines complémentaires existantes auxquelles est jointe l’annulation du permis de conduire avec interdiction de solliciter la délivrance d’un nouveau permis pendant trois ans au plus.

Dans son communiqué de presse du 24 décembre 2025, Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur argumente cette aggravation des sanctions : «Franchir la limite de plus de 50 km/h, ce n’est pas une simple infraction : c’est un comportement qui met délibérément des vies en danger.
En classant désormais ce très grand excès de vitesse comme un délit, avec une réponse judiciaire plus ferme, nous envoyons un message clair : la violence routière n’est plus tolérée. Cette avancée est une mesure de protection pour tous, pour les familles et pour les usagers les plus vulnérables. Elle traduit une exigence de responsabilité et de respect.
La loi a pour mission de garantir la sécurité, je tiens particulièrement à remercier les députés qui ont porté la proposition de loi qui a permis d’aboutir à cette avancée majeure.
».

De par notre expérience, on sait qu’il est beaucoup plus facile d’énumérer des vœux pieux dans une profession de foi que de les mettre en œuvre. Ainsi quand elle annonce « une réponse judiciaire plus ferme », faut-il encore que la justice passe. Mais dans les faits elle ne passe pas, une amende forfaitaire délictuelle3L’amende forfaitaire délictuelle, créée en 2016, est une sanction pénale alternative aux poursuites judiciaires, imposée par les policiers. Elle consiste à condamner sans procès au tribunal correctionnel les délits et elle est inscrite sur le casier judiciaire., créée en 2016 pour désengorger les tribunaux, est désormais proposée pour les grands excès de vitesse, c’est-à-dire une amende de 300 €, minorée à 250 € si elle est réglée dans les 15 jours, majorée à 600 € en cas de retard, et doublée en cas de récidive. La procédure judiciaire au tribunal correctionnel est alors éteinte. Finalement, contrairement à cette annonce de fermeté, cette amende forfaitaire délictuelle en réduisant considérablement la sanction anéantit la valeur morale de ce délit.

Nous dénonçons, cette clémence accordée aux délinquants routiers auteurs des grands excès de vitesse qui « mettent délibérément des vies en danger », comme le reconnaît la ministre, et ne sont finalement condamnés qu’à une simple amende, alors que le délit de mise en danger de la vie d’autrui est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende (article 223-1 du code pénal). La dissuasion du délit de grand excès de vitesse doit être complète en supprimant l’extinction de l’action judiciaire avec le paiement de l’amende forfaitaire. La récidive doit être plus sévèrement sanctionnée pour permettre le seul objectif qui vaille « zéro victime »

Après l’absolution des petits excès de vitesse, le renoncement aux 80 km/h et aux 110 km/h, …, aujourd’hui c’est la dévalorisation du délit de grand excès de vitesse, alors que le facteur vitesse est dans 30% des accidents.

Pourquoi cette bienveillance auprès de ces délinquants routiers délibérément dangereux ?

Le délit de grand excès de vitesse : c’est un pis-aller,
mais le limiteur de vitesse actif : c’est l’antidote contre la vitesse !

Quant à nous, Ligue contre la violence routière, nous soutenons l’obligation du limiteur de vitesse intelligent actif non débrayable (le LAVIA) au motif qu’il interdit tout dépassement de la vitesse autorisée. Aux dires des experts, ces limiteurs de vitesse intelligents en mode actif non débrayable pourraient réduire le nombre des décès de 20%. Nous déplorons que, sous la pression des constructeurs, nos dirigeants européens, pour les imposer sur les véhicules neufs en août 2024, les aient convertis en avertisseurs de « survitesse ». C’est-à-dire un simple dispositif qui avertit le conducteur d’un dépassement de la limitation de vitesse en vigueur sur la route où il évolue. De plus le conducteur peut le désactiver à sa convenance !

Notes

  • 1
    Action de la Ligue « les femmes en blanc » médiatisée dans le numéro 2372 de l’hebdomadaire Paris Match du 10 novembre 1994 qui publie la photo de l’encadré ci-dessus. L’action des femmes en blanc contre les excès de vitesse a bénéficié du tapage médiatique de la révélation de l’existence de la fille cachée pendant vingt ans du président Mitterrand publiée dans ce même numéro. ↩︎
  • 2
    1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5e classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive ↩︎
  • 3
    L’amende forfaitaire délictuelle, créée en 2016, est une sanction pénale alternative aux poursuites judiciaires, imposée par les policiers. Elle consiste à condamner sans procès au tribunal correctionnel les délits et elle est inscrite sur le casier judiciaire. ↩︎

Objectif -50% de tués en 2027 vs 2017 : avec la mobilisation de tous, c’est possible !

État des lieux

 

 

Le bilan
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