Objectif -50% de tués en 2027 vs 2017 : avec la mobilisation de tous, c’est possible !
État des lieux



Nous en sommes arrivés à un point où l’incurie dont font preuve les pouvoirs publics est devenue extrême. Devant une telle situation, ils ne peuvent plus se limiter à de simples lamentations ou de simples accusations et, encore moins aux tristes doléances de la ministre : « …ces résultats doivent nous interpeller collectivement. Trop de comportements dangereux, trop d’infractions, continuent de mettre des vies en danger… ».
Nous attendons des pouvoirs publics qu’ils cessent de se soumettre aux dictats du lobby « vroum-vroum », et qu’ils mettent en œuvre tous les moyens qu’ils disposent pour lutter contre les comportements dangereux :
Acheter le Code de la route : un fléau accessible en quelques clics
Avant la libéralisation de l’examen du code de la route, les candidats passaient l’épreuve théorique dans des centres préfectoraux, surveillés par un inspecteur assermenté. Depuis mai 2016, une nouvelle réglementation du permis de conduire (loi Macron du 1er juin 2016) a été mise en place, avec pour objectif de réduire les délais d’attente des candidats de 96 à 45 jours. Désormais, ce sont des prestataires (La Poste, centres de contrôle technique, commerces, …) qui assurent le passage de l’examen du code de la route. De plus, toujours dans l’idée de réduire les délais de passage de l’examen, les 700 questions de la base de données jusqu’ici en vigueur ont été remplacées par une série de 1 000 énigmes inédites. L’accent est mis sur l’éco-conduite, les voitures automatiques, la cohabitation entre voitures et motards. Pour faciliter le passage de l’examen, la grande nouveauté fut l’utilisation de vidéos, de photos en vue aérienne et de tablettes tactiles. Par contre, l’épreuve pratique du permis de conduire reste à la charge des inspecteurs du permis de conduire (fonctionnaires de l’État).
Pour certains candidats, les questions devenues trop compliquées « c’est plus dur qu’avant », leur font franchir la ligne blanche en achetant frauduleusement leur code. Les fraudes sont apparues dès la privatisation de l’examen, en 2016, d’abord timidement puis de manière exponentielle. Selon le Syndicat national des inspecteurs, cadres et administratifs du permis de conduire, 40 % des attestations du Code de la route seraient frauduleuses. Face à cette fraude massive, de nombreux inspecteurs appellent à un retour à l’organisation publique de l’examen du Code de la route.
Le candidat fraudeur risque trois ans de prison, 45.000 euros d’amende et cinq ans d’interdiction de se présenter aux différents examens du permis de conduire. Les organisateurs de la fraude risquent cinq ans d’emprisonnement et 375.000 euros d’amende. En 2024, quatre hommes de 21 à 23 ans ont écopé à Vesoul de peines allant jusqu’à deux ans de prison avec sursis pour leur implication dans un trafic de faux codes obtenus contre de l’argent dans toute la France.
Cela n’empêche pas les offres commerciales alléchantes de fleurir sur Snapchat : 250 euros le code, 1.200 euros pour le permis entier. Tout se fait via des applications comme Snap ou Telegram, jamais par mail ou téléphone. On paie en carte prépayée ou par Paypal pour que ça laisse moins de traces.
Les chiffres clés
Chaque année, plus de 55 000 conducteurs voient leur permis de conduire invalidé, suite à la perte de leurs 12 points, selon l’Observatoire national de la sécurité routière. (ONISR). Pour éviter le couperet, certains choisissent de payer les points d’un prête-nom, y compris défunt, afin qu’il accepte d’être désigné en tant qu’auteur de l’infraction routière.
En 2017, l’État a décidé de fermer tous les guichets «cartes grises» dans les préfectures et de basculer l’intégralité des démarches en ligne. Les demandes d’immatriculation, autrefois traitées par environ 1.900 agents publics, ont été confiées à des professionnels privés habilités. En 2020, on comptait 39.000 habilitations privées d’accès au système d’immatriculation. En 2025, il y en avait encore près de 32.000. En externalisant les cartes grises, l’État a ouvert la porte à des fraudes d’ampleur inédite. La Cour des comptes estime un préjudice d’au moins 1,5 milliard d’euros, et près d’un million d’automobiles qui ont été immatriculées via des sociétés fictives. Ces véhicules « intraçables » sont volontiers utilisés à réaliser des grands excès de vitesse en toute impunité et des activités criminelles (trafics de drogue, braquages, …). Sur le plan fiscal on y trouve des fraudes à la TVA et autres taxes, à la sécurité routière (faux contrôles techniques ou rapports d’expertise, remise en circulation de véhicules dangereux) et la ré-immatriculation de véhicules volés.
En 2020, les préfectures ne contrôlaient que 3% de leurs professionnels habilités par an, soit statistiquement un passage tous les 33 ans par opérateur. Ces contrôles qui révélaient entre 40 et 60% d’irrégularités dans les échantillons, ont été purement abandonnées depuis 2022, faute de moyens humains indique le ministère de l’Intérieur. La réponse judiciaire s’est effondrée. En 2024, seulement 9% des fraudes constatées donnaient lieu à un signalement au procureur, et moins de 7% de ces signalements aboutissaient à des poursuites. Au‑delà des fraudeurs, c’est la responsabilité de l’État que la Cour des comptes place au centre du dossier. La juridiction rappelle qu’en fermant les guichets physiques et en confiant la quasi‑totalité des démarches à des acteurs privés, l’administration a fait le choix d’une externalisation massive d’une mission régalienne : l’identification des véhicules et la collecte des taxes qui y sont liées. La remise à plat du système s’impose mais le million de voitures fantômes pourra sans doute continuer à rouler impunément.
Toujours pour désengorger ce système saturé, un groupe de travail de la Sécurité routière planche actuellement sur une possible simplification de l’examen du permis de conduire. Parmi les pistes étudiées : un assouplissement des fautes dites « éliminatoires », qui pourraient ne plus entraîner automatiquement l’échec du candidat. L’idée serait de laisser davantage de marge d’évaluation à l’examinateur, plutôt que d’appliquer une règle automatique. Une évolution majeure, alors que, dans neuf cas sur dix, l’échec à l’examen est lié à une faute éliminatoire. Concrètement, un candidat qui ne marquerait pas un stop pourrait ne plus être recalé, à condition qu’aucun véhicule ne se trouve à l’intersection et qu’aucun danger ne soit caractérisé. De la même manière, un changement de voie sans vérification visible dans le rétroviseur pourrait être toléré, selon l’appréciation de l’inspecteur.
Au détriment de la sécurité routière, cet assouplissement des règles permettrait d’augmenter le taux de réussite qui stagne à 55,9%% et de diminuer le flux des passages. Ainsi, simplifier le permis de conduire serait tout simplement plus dangereux. Il serait beaucoup plus judicieux d’augmenter les compétences des apprentis automobilistes et de recruter les 150 inspecteurs et 20 délégués du permis, comme le demandent les 1.200 inspecteurs actuellement en poste sur tout le territoire alors que le nombre de candidats a augmenté de plus de 15 % en cinq ans. Alors que le permis de conduire traverse actuellement une période de gros changements (visites médicales) visant à améliorer la sécurité routière et à réduire le nombre d’accidents mortels, l’idée de simplifier l’obtention du permis de conduire est incongrue.
Tous ces assouplissements, comme tous ceux que nous avons connus, qualifiés de « bon sens », sont plutôt des « non-sens » car l’enjeu est de faire cesser l’hécatombe et non de caresser les électeurs dans le sens du poil. Ce sont en fait des affaiblissements de la sécurité routière dont nous en subissons les conséquences
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