Analyse du bilan de sécurité routière janvier 2024

Depuis 5 mois, la mortalité est repartie à la hausse. La sécurité routière observe une augmentation très importante de la mortalité des piétons et des cyclistes. Dans son communiqué de presse, Madame Florence Guillaume, déléguée interministérielle à la sécurité routière, rappelle « qu’une attention particulière doit être portée à ces usagers vulnérables ». Quant à nous, Ligue contre la violence routière, nous adressons aussi cette recommandation aux constructeurs d’automobiles qui vendent des voitures de plus en plus agressives, telles les SUV avec 40 % de parts de marché. Si rien n’est fait pour inverser la tendance, les SUV pourraient représenter 2/3 des ventes en 2030.

Des véhicules de plus en plus dangereux

Depuis 10 ans, nos voitures prennent 1 cm tous les deux ans et 10 kg par an. Nous sommes passés de 1,68 m de large en moyenne en 1996 à 1,78 m en 2016. Mais les rues ont toujours la même largeur, ce qui laisse moins de place pour les usagers vulnérables. Côté poids, en 50 ans, les véhicules ont gagné 500 kilos. En bref, un SUV par rapport à une voiture standard, c’est 200 kg, 25 cm de long et 10 cm de large en plus !

Caractéristiques des véhicules réduisant la gravité des lésions des occupants de voiture

L’étude de Nuyttens, N., & Ben Messaoud, Y. (2023) de l’institut Vias, Bruxelles établit les relations ci-dessous entre les caractéristiques des véhicules et la gravité des lésions chez les occupants de la voiture, les opposants en voiture et les usagers vulnérables

Lorsque la masse d’un véhicule augmente de 300 kg, le risque de perdre la vie chez les occupants de cette voiture diminue de 48%, tandis que ce même risque augmente de respectivement 77% pour les opposants en voiture et de 28% pour les usagers vulnérables. Pour ce qui est de la hauteur de capot, une hausse de 10 cm accroît de 27% le risque de décès chez les usagers vulnérables.

La loi 3DS du 21-02-2022 autorise les collectivités à se doter de leurs radars

En réaction à la crise des « gilets jaunes » et en particulier du grand débat national lancé par le Président de la République le 15 janvier 2019 à Grand Bourgtheroulde, une loi a été créée pour permettre aux collectivités territoriales et leurs groupements gestionnaires de voirie, d’installer, avec l’autorisation du préfet, des radars routiers automatiques « sur avis favorable du représentant de l’État dans le département et après consultation de la commission départementale de la sécurité routière, sur la base d’une étude d’accidentalité portant sur les sections de route concernées » article L 130-9 du code de la route. Cette contrainte permet au gouvernement de garder la main sur cette monnaie d’échange pour huiler son dialogue social.

Deux ans de tergiversation !

En février 2022, nous annoncions cette bonne nouvelle : 500 cabines de radars urbains seront installées dans les agglomérations, dont 100 seront équipées d’un radar. Les autres seront des cabines “leurres”. Le radar peut être transporté d’une cabine à l’autre. Une cabine vide peut devenir un vrai radar du jour au lendemain, et il est impossible de les distinguer de l’extérieur.

En février 2023, le gouvernement reporte sine die la date de leur mise en service. Pourquoi ce recul ? Nous n’avons pas trouvé d’autre explication que la réforme des retraites qui « paralysait » la décision politique.

En janvier 2024, les préfectures du Territoire-de-Belfort et des Bouches-du-Rhône ont annoncé la mise en service opérationnelle le 16 janvier de leurs radars urbains et celle du Doubs le 29 janvier. La Haute-Garonne ne devrait pas tarder. Par contre, dans un courrier envoyé mi-janvier au Premier ministre, le président de la Métropole de Lyon et une vingtaine de maires demandent à l’État d’accélérer le déploiement d’une cinquantaine de radars urbains sur l’agglomération.

Nous rappelons que pour faire respecter les vitesses, en novembre 2006 la France a présenté le « LAVIA », un limiteur de vitesse intelligent s’adaptant à la vitesse autorisée.

Depuis cet antidote parfaitement opérationnel a été « placardisé ». Cette fonction d’assistance au conducteur serait « la plus efficace » pour sauver des vies, d’après une étude de l’Institut norvégien d’économie des transports menée en 2014. « LAVIA est l’un des systèmes les plus puissants et les plus influents que nous puissions avoir pour améliorer la sécurité routière. Il existe de nombreuses technologies, mais parce que le choix de la vitesse est si déterminant pour limiter les risques, l’ISA a un effet plus important que n’importe quel autre système« , soutenait déjà en 2016 Oliver Carsten, Professeur en sécurité des transports de l’Université de Leeds (Angleterre). Bien que l’efficacité de cette technologie soit reconnue, curieusement, on en est resté aux radars. Il faudra attendre cet été pour voir les premiers limiteurs intelligents installés sur tous les véhicules neufs.

Principe d’un limiteur automatique de vitesse LAVIA : un système électronique ajuste la vitesse de la voiture en fonction de la vitesse réglementaire. Ainsi, sur une portion avec une vitesse imposée de 80 km/h, le système limite la vitesse en conséquence. À l’approche d’une zone où la vitesse maximale est de 60 km/h, le véhicule freine et réduit la vitesse à 50 km/h. Nous regrettons que certains constructeurs puissent se contenter d’un système d’information qui émet un signal sonore et visuel lorsque la limite va être dépassée. Nous désapprouvons que l’automobiliste puisse appuyer plus fort sur l’accélérateur pour dépasser la vitesse obligatoire.

État des lieux

Objectif -50% de tués en 2027 vs 2017 :

Avec la mobilisation de tous, c’est possible !

Le bilan
Haut de page