Editorial de Pondération n°127 juin 2022

Chantal PERRICHON, Présidente de la Ligue contre la violence routière

Bientôt 40 ans que nous analysons les discours des politiques qui s’arrogent le droit de vie ou de mort sur nos routes. Pour ce faire, dès la création de la Ligue, un noyau de militants a pris contact avec les experts les plus reconnus de la sécurité routière, tant en France qu’à l’étranger.

Dans la campagne pour les législatives, des candidats ont soutenu le vote d’irresponsables qui ne
veulent plus perdre un point pour un excès de vitesse inférieur à 5 km/h. Quand on sait que 8 conducteurs sur 10 ont l’intégralité de leurs points, il n’y a pas lieu de soutenir ceux qui supportent difficilement que les radars ne fassent pas de discrimination entre EUX qui prétendent maîtriser parfaitement leur vitesse et n’ont pas de temps à perdre, et le vulgum pecus qui n’a pas leur expérience… Un exemple parmi d’autres, sur le site du professeur Claude Got (1) : « Il ne faut pas considérer les usagers qui ne respectent pas les limites de vitesse comme des chauffards asociaux qui ne respectent pas la vie humaine. Les profils sont beaucoup plus variés que ce profil réducteur. Bruno Le Maire n’est pas un analphabète privé de cours d’éducation civique dans sa jeunesse, il a cependant indiqué le 2 novembre 2015 : « Je perds quatre ou cinq points par an sur mon permis de conduire, du coup je suis très régulièrement un stage de sensibilisation à la sécurité routière pour récupérer mes points »… Difficile d’être plus explicite sur son mépris du respect de la loi ». Comment peut réagir cette immense majorité de conducteurs respectueux des règles qui découvrent au détour d’une interview publiée dans la presse quotidienne régionale que le président de la République soutient cette nouvelle attaque qui affaiblit le permis à points : « Cette philosophie, qui consiste à garder notre exigence en matière de sécurité routière et à avoir du bon sens, est une bonne philosophie (2) . » Philosophie de comptoir mortifère que nous avions déjà subie avec les grandes déclarations de J.-C. Gayssot, ministre des Transports sous le gouvernement Jospin, de 1997 à 2002. Nous avions eu droit à l’énumération de tous les poncifs habituels sur l’évidente nécessité de changer les comportements ! Au lieu de diviser par deux le nombre de morts sur nos routes comme cela fut ânonné au fil des ans, le fiasco fut total : une réduction de la mortalité de seulement 2,2 % en 5 ans.

La nomination de Madame Borne au poste de Premier ministre a consterné tous les Français qui s’intéressent depuis longtemps à la sécurité routière. En effet, comment oublier le blocage de certains dossiers, alors qu’elle était conseillère technique chargée des Transports dans le gouvernement Jospin, ses relations «compliquées» avec la Délégation à la sécurité routière. Au cours de la séance du 20 janvier 2000, le Conseil d’Orientation de l’Observatoire de Sécurité Routière avait voté « un dispositif permettant de limiter la vitesse des véhicules entre un maxima et un minima [associé] à un système permettant d’enregistrer la vitesse et les actions du conducteur sur le limiteur de vitesse ». Ce projet de bon augure n’a hélas pas abouti, détruit par les politiques qui devaient le porter auprès des Nations Unies à Genève…

Sans oublier son poste de Directeur de Cabinet auprès de S. Royal, période durant laquelle nous avons assisté au naufrage de l’écotaxe qui aura coûté près d’un milliard d’euros…

Nous ne sommes sortis de cette débâcle qu’avec la politique de J. Chirac qui avait déclaré en 2002 : « aucune infraction, si légère soit-elle, ne doit rester sans réponse ». En effet, la grande révolution des comportements a été obtenue par le retour au strict respect des limitations de vitesse, à la différence des choix de la législature précédente qui avait privilégié, avec la loi de 1999, la lutte contre les grands excès de vitesse.

La sécurité routière a été escamotée par tous les candidats durant ces deux dernières campagnes, présidentielle et législative. Un non sujet pour les futurs candidats. Raison supplémentaire pour répéter que : « Nous allons payer le prix du sang la pseudo responsabilité des élus qui préfèrent leur mandat à la sécurité des citoyens (3) ».

Quelques signes laissent à penser que la Délégation à la sécurité routière sortirait de son hibernation.

Rêvons un instant. Serait-ce pour préparer un comité interministériel ? Il n’y en a pas eu depuis le 9 janvier 2018…
« Nous pensons à toi, espérons que cette dernière année passée à Paris fût l’une des plus belles et qu’elle ait été à la hauteur de ce que toi-même tu définissais comme “le rêve de tes rêves” ». Émue par cette annonce, rédigée par les amis de Luigi Villamagna, étudiants du programme Erasmus à la Sorbonne, j’ai découvert ensuite qu’il avait été tué le 7 juin, à Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis, sur un passage piéton, par un chauffard qui l’avait projeté plusieurs mètres plus loin, avant de prendre la fuite.

Je dédie ce numéro de Pondération à Luigi qui venait de Bologne, confiant dans l’avenir, plein d’espérances, et qui ne pouvait imaginer la barbarie d’un pays fier à juste titre de sa culture, mais incapable de neutraliser la première cause de mort de sa jeunesse. Un pays où de plus en plus d’individus dangereux n’obtempèrent plus lors des contrôles et roulent sur le corps de leurs victimes avant de fuir.

(1) propositions emmanuel macron – securite-routiere.org
(2) Entretien d’E. Macron dans Ouest France, le 3 juin 2022.
(3) Jugement de relaxe le 20 mai 2021 au Tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand de la Présidente de la Ligue, poursuivie par D. Busserau, Président de l’Assemblée Nationale des départements de France, qui avait porté plainte pour injures publiques contre ces propos. Désistement ensuite à la cour d’Appel de Riom la veille du procès...

État des lieux

Objectif -50% de tués en 2027 vs 2017 :

Avec la mobilisation de tous, c’est possible !

Le bilan
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