Indignation ! 110 km/h : pour qui roule la Prévention Routière ?

Dans notre dernier numéro, nous dénoncions la position de la Prévention Routière qui considérait que les enregistreurs de données « ne serviront à rien »(1).

C’est aujourd’hui la mesure du 110 km/h sur autoroute qui est rejetée par la Prévention Routière. Notre indignation est autant motivée par l’opposition à la mesure que par la légèreté de l’argumentaire employé.

La déléguée générale de l’association a en effet déclaré à la presse « D’un point de vue prévention et sécurité, le 110 km/h n’est pas une solution ». « Le risque d’un abaissement de 20 km/h sur les autoroutes – payantes – est le transfert du trafic vers un réseau gratuit mais bien plus accidentogène. On craint que la balance bénéfice-risque ne soit pas comprise puisque les gens ne savent pas que l’autoroute est l’axe le plus sûr. Les autoroutes concentrent 26 % du trafic et 8 % du taux de mortalité, contre 45 % du trafic pour 60 % du taux de mortalité sur les départementales ». « Pour que les conducteurs continuent d’accepter de payer pour emprunter un axe plus rapide, et ne se transfère pas vers une départementale plus risquée, il faudrait que “le différentiel de vitesse soit compris entre 30 et 50 km/h” », estime la responsable de la Prévention Routière.

Sur quelle étude sérieuse ce raisonnement est-il étayé ? Quelles sont les sources des chiffres annoncés sur le différentiel de vitesse ? A-t-on observé un report de trafic et une dégradation de l’accidentalité sur les réseaux routiers connexes à l’autoroute dans les pays qui ont baissé les vitesses autorisées sur autoroute ?

Nous avons toujours en mémoire l’opposition de la Prévention Routière au 50 km/h en agglomération, puis, en des temps sans doute jugés moins hostiles, son ralliement à l’intérêt de la mesure. L’histoire se répétera-t-elle pour le 110 km/h ?

Par ailleurs, le silence des gestionnaires autoroutiers sur le sujet du 110 km/h est assourdissant ! Ils sont clairement opposés à la mesure mais peuvent se satisfaire que la défense de leurs intérêts soit assurée par d’autres…

Si l’on en croit un récent document produit par Vinci(2), la préservation environnementale et la crise climatique figurent au chapitre de leurs préoccupations. Mais jamais la réduction de la vitesse n’est évoquée comme un levier à activer. Elle figure clairement au chapitre des sujets tabous, au point que dans cet ouvrage, de 79 pages, Vinci réussit la prouesse de ne jamais employer le mot « vitesse » !

La solution est forcément ailleurs… Depuis plusieurs semaines, les messages promouvant le covoiturage sont très régulièrement affichés sur les panneaux à message variable.

Pour le gouvernement, la référence au thermomètre de l’acceptabilité est décidément devenue un réflexe pavlovien pour tout sujet afférant à la sécurité routière(3). 68 % de la population française se déclare pourtant favorable à la mesure du 110 km/h sur autoroute(4).

Le facteur limitant pour emprunter l’autoroute n’est-il pas plutôt à trouver dans le coût des péages devenus prohibitifs pour des usagers de la route aux moyens limités ? Notamment les jeunes ? Ne disposant pas d’éléments étayés sur ce point, nous nous abstiendrons d’en faire une vérité, mais il y a là un sujet !


‘1) « Les Enregistreurs De Données (EDR) “ne serviront à rien” ». Pondération n° 127 – Juin 2022.
(2) « La révolution environnementale des mobilités » – Rapport d’activité 2021 – Vinci Autoroutes.
(3) Voir rubrique « Vie de la Ligue » de ce numéro 128.
(4) Étude de l’IFOP publiée en juillet 2022 qui affirme que 63 % des personnes interrogées accepteraient de passer à 110 km/h sur l’autoroute « dans le but de réaliser des économies de carburant ».

 

État des lieux

Objectif -50% de tués en 2027 vs 2017 :

Avec la mobilisation de tous, c’est possible !

Le bilan
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