LCI Le Grand Soir 09/09/2019 : « Ces mauvais chiffres sont-ils dus au quasi renoncement sur les 80 km/h ou à la dégradation des radars ? »

Lundi 09 septembre 2019
Journaliste : Julien Arnaud
(Durée de l’extrait 6:50)

https://www.lci.fr/replay/le-grand-soir-du-lundi-9-septembre-2019-2131749.html


Invités : Françoise Degois, Yves Thréard

Julien Arnaud: Sujet dédié à la sécurité routière. Le nombre de tués sur les routes, il a augmenté en août. On va en parler avec Françoise Degois et Yves Thréard qui vont prendre vos places. Messieurs Mesdames merci à tous. D’abord écoutez quelques réactions sur ces chiffres, des automobilistes et du délégué à la sécurité routière. Ces mauvais chiffres sont-ils dus au quasi renoncement sur les 80 km/h ou à la dégradation des radars ? On écoute leur réponse.


Emmanuel Barbe: Depuis la destruction des radars massive à partir du mois de novembre, on a une augmentation progressive des vitesses sur les réseaux. Ce que attestent d’ailleurs les radars qui fonctionnent, qui flashent plus qu’avant. Ce qui montre que finalement la peur du radar ne joue plus. Et donc, les vitesses augmentent et le nombre de morts aussi.

Julien Arnaud: Allez, Françoise Degois et Yves Thréard nous ont donc rejoins. Bonsoir à tous les deux.
Je vous le rappelle ce chiffre : 44 morts supplémentaires en août 2019 par rapport à août 2018, c’est évidemment un chiffre qui fait froid dans le dos. Cette évolution de plus pratiquement 18%. Forte hausse par rapport à l’année dernière alors que si on regarde l’année dernière, il y avait une tendance qui était très encourageante. Regardez en août 2018, on était à la baisse moins 15,5 %. Vous avez entendu le délégué interministériel. Est-ce que vous êtes d’accord avec son interprétation, Françoise Degois sur les radars, et la remise en question des 80 km/h ?

Françoise Degois: Je suis assez d’accord. Vous allez dire que je suis une affreuse bobo parisienne, qui ne prend pas sa voiture. D’abord c’est faux. Je circule beaucoup en province. Sur les
radars vandalisés, je ne suis pas raccord sur le fait de coller ça aux gilets jaunes, je pense qu’on leur colle suffisamment de choses. Ce n’est pas trop le sujet. Moi je crois que vraiment la polémique sur les 80 km/h, et le fait finalement que ça ne soit pas appliqué, joue beaucoup. Je sais que c’est peut-être décevant pour plein de gens de trouver des explications aussi banales. Et moi vraiment je crois que la peur du gendarme, la peur du PV, l’obligation d’avoir un comportement plein de civisme …

Julien Arnaud: Il n’y a que ça qui marche…

Françoise Degois: Il n’y a que ça qui marche ! Tous les pays qui ont fait baisser leur sécurité c’est à coups d’amendes énormes. Oui, bien sûr, la peur du gendarme, moi la belle première. Moi je
sais que si jamais je prends une prune à 250 Euros, ben je vais me calmer sur l’accélérateur. Et je crois vraiment, je ne crois qu’à ça.

Yves Thréard: Vous avez déjà vu Françoise se calmer sur l’accélérateur ?

Françoise Degois: Oui bien sûr et là je vous le confirme ! Non…

Julien Arnaud: Ce n’est pas ce qui la définit en premier…

Françoise Degois: Non, ça ne me définit pas, mais je vous assure que j’en ai pris quelques unes notamment avec le téléphone portable. Et j’ai arrêté de téléphoner.

Julien Arnaud: Ah ben c’est très, très dangereux.

Françoise Degois: Je veux dire par là que, peut-être tous les gens ne sont pas comme moi, mais je pense quand mêe que nous les gaulois réfractaires, avec notre coté comme ça un petit peu rebelle, eh bien il faut nous taper sur la tête.

Julien Arnaud: Yves Thréard…

Yves Thréard: Vous n’aviez pas apprécié quand Emmanuel Macron nous avait trouvé…Et vous employez les mêmes termes !

Françoise Degois: Absolument mais c’est parce que j’avais trouvé ça discourtois de la part du Chef de l’Etat. Moi je ne suis que moi…

Yves Thréard: Pour le coup alors, je suis assez d’accord avec Françoise. Et je vais essayer d’aller encore un peu plus loin.
Françoise Degois: Bien sûr, parce que vous, vous allez plus loin…

Yves Thréard: Non…C’est pas pour ça…

Françoise Degois: Je blague !

Yves Thréard: D’abord, bon…C’est ce qu’on nous dit, on n’est pas là. Il paraît qu’effectivement il y a beaucoup de radars qui ont été cassés pendant l’épisode des gilets jaunes, et pendant l’hiver
dernier. Et que donc il y a moins la peur du gendarme. Je veux bien le croire. Je pense qu’aussi il y a peut-être un phénomène, il ne faut pas l’écarter de météorologie , vous savez quand il fait très chaud les pneus qui peuvent éclater enfin les voitures qui souffrent davantage…

Julien Arnaud: Quand il fait beau, il y a plus d’accidents et plus de morts, ça…C’est mécanique.

Yves Thréard: Je suis journaliste de voie publique depuis 40 ans donc je sais un peu de quoi je parle. Après il y a autre chose, c’est que tout le discours politique l’année dernière qui a consisté pour l’opposition à Emmanuel Macron qui savait pas, ou à la majorité présidentielle, qui savait pas comment prendre le taureau par les cornes, pour s’opposer à lui, et qui s’est saisi de cette histoire de 80 km/h simplement par démagogie complète ! Complète ! Et ça a été surtout le discours des Républicains d’ailleurs, j’ose le dire ici…

Françoise Degois: Oui, oui je suis d’accord.

Yves Thréard: Complète ! En disant « Oui, il n’y connaît rien » « c’est un type des villes il n’a jamais… » « Il ne sait pas ce que c’est », pour gagner…Les études ont été faites je crois sur un trajet
d’une heure, vous gagnez 5 minutes, quand vous passez de 90 à 80 km/h. C’est une honte ! C’est une honte ! Et je veux bien qu’il y ait des Français qui pestent contre ça parce que ils sont pressés, ils ont pas les moyens, enfin ils n’ont pas d’autres choix que la voiture pour rejoindre leur travail et que ils doivent aller vite. Mais que, des élus de la République qui savent pertinemment, toutes les études le montrent, que la vitesse avec l’alcool, ce sont les deux premiers ennemis de la conduite. Qu’ils abondent dans ce sens là, je trouve ça honteux. Honteux ! Sous prétexte de nous parler «Oui, oui c’est les villes contre les campagnes »…C’est absolument honteux !

Françoise Degois: Non mais il y a un renoncement. De fait il y a un renoncement. La crise des gilets jaunes a lâché du lest sur cette affaire de 80 km/h. Je lisais également un entretient d’Emmanuel Barbe qui parlait du civisme des Français.

Yves Thréard: C’est le président de la sécurité routière…

Julien Arnaud: …Le délégué interministériel.

Françoise Degois: Oui, oui, le délégué interministériel qui parlait du civisme il disait, d’abord il y a un nombre de voies, à la décharge de la France, il y a beaucoup plus de voies ou on circule en
France que par exemple en Allemagne ou au Royaume Uni. Par ailleurs, le réseau routier est victime d’une certaine manière de son succès, c’est que notre réseau routier est dans un excellent état par rapport…

Julien Arnaud: Autoroutier, autoroutier parce que c’est beaucoup moins vrai sur les autres routes. Et ça explique aussi beaucoup la mortalité.

Françoise Degois: Les autoroutes Allemandes, les autoroutes Belges, c’est quand même un peu une catastrophe.

Julien Arnaud: Sur les autoroutes Belges, il y a la lumière, pas en France, par exemple.

Françoise Degois: Ah oui ! Il y a longtemps que vous êtes pas rentré à Bruxelles. Que vous êtes pas passé par l’autoroute pour arriver à Bruxelles. Sur la lumière, alors là excusez moi mais, cherchez là la lumière. Il y a combien de temps ? Moi il y a un an très exactement et je pense que entre les nids de poule et l’obscurité… Donc je veux dire par là que d’une certaine manière nos routes sont tellement sûres…Nos autoroutes sont tellement sûres qu’il y a une tendance naturelle évidemment à appuyer sur le champignon. Mais surtout il parlait du civisme. Il y a un manque probablement de civisme en France. Il y a des comportements…

Julien Arnaud: Il suffit de voir les comportements en France. Les gens s’insultent pour un oui pour un non. Ca m’est arrivé encore avec un vélo aujourd’hui, voyez !
Françoise Degois: Voilà ! Les gens sont dingues, nous aussi les premiers, enfin je veux dire…Voilà. Et il me semble que dans un cas comme ça il n’y a que le grand bâton avec les grosses
amendes, je crois qu’il n’y a que ça alors. L’affreuse réactionnaire, moi je crois qu’il n’y a que ça.

Yves Thréard: Ce débat sur le 80 km/h il n’aurait jamais du avoir lieu. Jamais il n’aurait du avoir lieu !

Julien Arnaud: Parce que il a été mal porté par le gouvernement aussi.

Françoise Degois: Il a reculé, il a reculé le gouvernement.

Yves Thréard: Il a été mal porté et mal présenté par le gouvernement parce que ça faisait partie d’une certaine forme d’arrogance de la part du pouvoir exécutif.

État des lieux

Objectif -50% de tués en 2027 vs 2017 :

Avec la mobilisation de tous, c’est possible !

Le bilan
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