Peut-on parler sérieusement du risque d’accident par défaut d’attention ?
Aucune étude française récente ne donne un multiplicateur de risque validé scientifiquement. C’est dire combien est puissant le désir d’ignorer les dangers précis du téléphone au volant !
– Conversation téléphonique
Le Bilan de l’accidentalité 2008 de l’ONISR fait état d’une vieille étude réalisée en Australie[1] datant de 2005 et donnant les résultats suivants : le risque quand on téléphone est multiplié par :
- 4,9 quand le téléphone est tenu en main,
- 3,8 avec un kit mains libres,
par rapport à un conducteur ne téléphonant pas.
La précision de ces facteurs de surrisque est étonnante !
Dans l’étude ancienne INSERM/IFSTTAR[2] déjà citée dans la question sur les conséquences de l’usage du téléphone au volant, le facteur de surrisque calculé ne distingue pas entre le téléphone tenu en main et le kit mains libres et est estimé autour de 3.
– Envoi ou réception de SMS (aux États-Unis)
Selon une étude américaine du Virginia Tech Transportation Institute datant de 2009 et portant sur des chauffeurs de poids lourds[3], lors d’envoi ou de réception de SMS, le risque d’accident est multiplié par 23.
Ce sont les facteurs de surrisque égaux à 4,9 (tenu en main), 3,8 (mains libres) et 23 (SMS) que l’on retrouve dans nombre de publications qui n’en précisent jamais la source ! Ces résultats sont non seulement très anciens, alors que l’usage des smartphones a beaucoup évolué ces dernières années, et vraisemblablement inadaptés à la situation en France. Et pourtant …
– Comparaison avec la consommation d’alcool (en France)
À titre de comparaison, rappelons les facteurs multiplicatifs de risque liés à l’alcoolémie, mesurés par une étude française sérieuse datant de 2016[4] :
Sans être très précis, on peut ainsi dire que les risques de téléphoner ou d’être alcoolisé au volant seraient comparables. Ainsi, sachant qu’une alcoolémie de 0,5g/l multiplie le risque d’accident par 2, alors, téléphoner au volant, dont on sait qu’il multiplie le risque d’accident par 3,8 (avec Bluetooth) ou par 4,9 (téléphone en main), est équivalent à se trouver avec une alcoolémie de plus de 0,6 g/l, soit avoir bu plus de trois verres d’alcool.
Beaucoup plus grave, écrire ou recevoir un SMS est équivalent à une alcoolémie de 2g/l d’alcool dans le sang, ce qui est non pas contraventionnel, mais délictuel.
Quant à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle se contente d’écrire : « l’utilisation du téléphone au volant quadruple le risque d’accident »., sans plus de référence !
– Conclusion sur le risque
Pour toutes les raisons exposées dans la question « Quelles sont les conséquences de l’usage du téléphone au volant ? », il est évident qu’utiliser un téléphone/smartphone au volant multiplie le risque d’accident mortel. Quel est le facteur exact de surrisque ? Il est sûrement grand et comparable à celui de l’alcool dans de nombreuses situations. Comme les usages du téléphone sont très variés (conversation, GPS, SMS, notifications, e-mail, etc.) et que le surrisque varie d’une utilisation à l’autre, il est impossible de donner un facteur multiplicateur unique crédible. L’absence d’étude française sérieuse et récente, ce qui est à la fois significatif et déplorable, fait reprendre toujours les mêmes chiffres d’études anciennes et étrangères dont la validité en France est très douteuse.

