Comment mesure-t-on l’utilisation du téléphone au volant et qu’en déduire ?
Toutes les catégories d’usagers de la route téléphonent en se déplaçant : les piétons, les cyclistes, les conducteurs de véhicules de tourisme (VT), de véhicules utilitaires (VU), de poids lourds (PL). Bizarrement, les conducteurs de deux-roues motorisés usant du téléphone ne sont pas mentionnés dans les bilans annuels de l’accidentalité de l’ONISR !
La littérature sur le téléphone au volant utilise deux types de pourcentages d’utilisateurs qu’il ne faut pas confondre.
- D’une part, les pourcentages d’utilisateurs, qui sont mesurés par des observateurs sur le terrain. Par exemple, le pourcentage de conducteurs de véhicules de tourisme qui sont observés par des enquêteurs avec un téléphone à la main, en agglomération ou hors agglomération.
- D’autre part, les pourcentages d’utilisateurs qui déclarent utiliser le téléphone en conduisant.
I – Méthodologie des mesures du nombre d’utilisateurs de téléphone[1]
L’observation de l’utilisation du téléphone par les conducteurs sur les réseaux routiers a été introduite en 2009 dans le cahier des charges des sondages alimentant l’observatoire des comportements. Les enquêteurs placés au bord des voies de circulation répertorient les différents types de véhicules dont le conducteur utilise le téléphone, quelle qu’en soit le moyen hors Bluetooth. Les piétons qui téléphonent en marchant n’échappent pas aux mesures.
C’est ainsi que sont dressés des tableaux tels que celui ci-dessous qui distingue entre les différents types de routes, types de véhicule et les piétons. Il est à noter que si les vélos figurent dans ce tableau pour les grandes agglomérations uniquement, les deux roues motorisés en sont bizarrement absents.
II – Pourcentages d’utilisateurs du téléphone, mesurés en 2024[2]
En utilisant la technique que l’on vient d’expliquer brièvement, on établit les pourcentages des différents types d’utilisateurs du téléphone.
1°/ les conducteurs de véhicules (VT, VU, PL,) en circulation de jour.
Le tableau ci-dessous détaille les pourcentages de conducteurs, selon la manière dont ils utilisent le téléphone.
Les conducteurs de VT et VU privilégient nettement le téléphone en main, contrairement aux cyclistes qui préfèrent utiliser un système mains libres.
On remarquera que les VU hors agglomération présentent le taux d’utilisation le plus élevé ce qui permet de soupçonner un lien fort entre activité professionnelle et utilisation du téléphone.
En comparant les pourcentages globaux des différents utilisateurs de ce tableau, qui ne dépassent pas 18%, et les pourcentages déclarés par les différents utilisateurs que nous examinerons dans la question qui leur sont consacrés, les différences sont considérables. En effet nous verrons que les pourcentages déclarés par tous les utilisateurs de téléphone et de distracteurs sont tous supérieurs à 80 % ! La différence entre les pourcentages mesurés et ceux qui sont déclarés s’explique naturellement par le fait que tous les conducteurs de France ne sont pas observés pour être mesurés en même temps.
2°/ Les piétons et le téléphone
27% des piétons traversent la chaussée en utilisant un distracteur (téléphone, écouteurs, etc), avec des variations importantes selon l’âge :
- 21% parmi les jeunes de 12 à 18 ans,
- 35%, pic atteint par les 18-35 ans,
- le pourcentage diminue ensuite pour atteindre 3% chez les 65 ans et plus.
Quelle que soit la classe d’âge, le type d’usage le plus observé est le téléphone à la main uniquement, puis les écouteurs/casques pour les moins de 18 ans et le téléphone à la main et sur l’oreille pour les plus de 18 ans.
Il ne faut pas croire que les piétons n’utilisent le téléphone qu’en traversant sur des passages munis de feux tricolores. Le schéma suivant donne les taux d’utilisation du téléphone dans les deux situations possibles :
Ainsi, le téléphone est plus utilisé lors des traversées piétonnes avec feux (6,5 points de plus), mais la différence avec les sans feux n’est pas considérable, contre toute attente.
III – Une étude des scénarios d’usage du smartphone au volant
1°/ Méthodologie
Une analyse de l’utilisation du téléphone au volant, observée en situation réelle de conduite, a été menée en 2022 par un laboratoire de l’Université Gustave Eiffel[3]. Elle a consisté à détecter par intelligence artificielle l’utilisation du téléphone « à la main » ou « à l’oreille », sur 12. 500 heures de vidéos collectées auprès de 43 conducteurs français.
2°/ Une diversité de comportements selon les situations de conduite
Comme attendu, la fréquence d’utilisation du téléphone au volant est très hétérogène au sein de la population des 43 conducteurs participant à l’étude.
– Main/oreille
- moins de la moitié des conducteurs contribuent à 80% des utilisations du téléphone tenu en main ;
- 19% des conducteurs le tiennent à l’oreille ;
– Ville/route
- près des trois quarts des conducteurs qui l’utilisent à la main le font aussi à l’oreille ;
- le téléphone à la main est tenu 2 fois plus fréquemment en ville que sur les routes rurales.
– En marche ou à l’arrêt
Les conducteurs manipulent volontiers leur téléphone quand leur véhicule est à l’arrêt :
- sur autoroute, l’utilisation est 16 fois plus fréquente dans les bouchons que lorsque le trafic est fluide ;
- en ville, cet usage est 7,5 fois plus fréquent à un feu tricolore qu’en roulant.
Le tableau ci-dessous précise les fréquences (mesurée par heure) et la part de temps de trajet passé le téléphone à la main, quand le conducteur est en mouvement ou à l’arrêt.
3°/ Scénarios de manipulation du smartphone au volant
Un conducteur ayant utilisé son smartphone dans un passé proche l’utilisera à nouveau :
- 25% des utilisations sont suivies d’une nouvelle manipulation dans la minute ;
- 40% dans les 5 minutes ;
- en outre, la probabilité pour qu’un conducteur qui vient de se servir de son smartphone s’en resserve dans la minute qui suit est 46 fois plus grande que celle qu’il ne s’en serve pas ;
- utiliser son téléphone à l’arrêt augmente également les chances de l’utiliser en roulant, puisque 20 % des utilisations en mouvement ont été initiées à l’arrêt.
4°/ L’impact du smartphone au volant sur la qualité de la conduite
– L’utilisation du smartphone à la main entraîne des difficultés de gestion des distances de sécurité et de la direction. Ainsi :
- les avertissements de collision frontale sont 2 fois plus fréquents quand le conducteur téléphone que quand le smartphone n’est pas utilisé ;
- de même, la fréquence d’avertissements de franchissement de lignes est 1,6 plus élevée par rapport aux phases où le smartphone n’est pas utilisé.
– En cas d’utilisation à l’oreille, les avertissements de collision frontale sont également 1,6 plus fréquents.
– Même en l’absence d’utilisation, le smartphone influence la conduite : entre 2 utilisations ou dans les 10 secondes après une utilisation, la fréquence des avertissements de collision frontale augmente fortement, respectivement 2,3 et 2,2 fois plus élevée.





