Quels sont les effets comparés sur la conduite de parler avec un passager, d’écouter la radio ou de téléphoner au volant ?
Pendant longtemps, dans l’activité de conduite d’un véhicule, le cerveau du conducteur n’utilisait que deux fonctions :
- la réception des informations sur les conditions de circulation dans son environnement immédiat en constante évolution,
- la gestion instantanée de ces informations pour décider des ordres que le conducteur donne aux mains pour agir sur le volant et le changement de vitesse (lorsque la voiture n’est pas muni d’une boîte de vitesse automatique), et aux pieds pour agir sur les pédales d’accélérateur, de frein et d’embrayage.
Se sont ajoutées successivement la conversation avec un passager, puis l’écoute de la radio à partir des années 1960, suivies à partir de 1970 de celle des cassettes-audio, et enfin la conversation téléphonique en conduisant, depuis les années 2000 (60% de la population en dispose en 2005 et 80% en 2010).
L’effet sur la conduite de ces trois types de communication vocale a été étudié en 2006 par une équipe de chercheurs de l’Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité (INRETS). Nous renvoyons à leur publication[1]« Évaluation de l’impact de communications vocales sur la conduite automobile » pour suivre la procédure utilisée et énoncer les résultats que nous résumons maintenant.
– Écouter la radio
Cette écoute est non personnalisée et non interactive ; elle ne perturbe pas la tâche de conduite.
Selon une autre expertise[2] de l’INSERM/IFSTTAR, « il ressort qu’écouter la radio n’est pas suffisant, en soi, pour générer une interférence avec la tâche de conduite. En l’absence d’un réel engagement dans une activité verbale, ce qui est le cas de l’écoute de la radio, aucune dégradation de la tâche de conduite n’est observée. »
– Téléphoner au volant
Cela détourne l’attention du conducteur de son environnement, altère ses performances de conduite et augmente sa charge mentale. L’importance de la dégradation est dépendante du type de conversation. L’interactivité de la conversation et le degré d’implication du conducteur joue un rôle important : une conversation très interactive est de fait plus perturbatrice qu’une conversation où le conducteur ne fait qu’écouter ou presque. Voir la question suivante pour beaucoup plus de détails.
– Converser avec un passager à l’avant
Elle a un effet moindre que la conversation téléphonique, du fait d’une régulation réciproque de l’échange entre les interlocuteurs présents dans le véhicule. Le passager avant regarde essentiellement la route, comme le conducteur. Il va adapter la conversation à ce qu’il voit et, en présence d’un danger, il s’abstiendra de parler ou pourra même en prévenir le conducteur.
Ce type d’échange n’a aucun rapport avec celui d’un interlocuteur téléphonique qui ne voit rien des difficultés éventuelles de la circulation ; l’interlocuteur peut même, par exemple, exercer une pression psychologique sur le conducteur pour qu’il consente à ses demandes.
On peut aussi considérer que la conversation au téléphone est un échange « virtuel », qui coupe le conducteur de la réalité, contrairement à ce qui se passe avec un passager.
Toutefois parler à un passager n’est pas neutre, c’est nettement moins risqué qu’un appel téléphonique, mais ce n’est pas rigoureusement pareil que conduire seul.
